
- Première finalité : « préparer la transition vers une économie compétitive, dynamique fondée sur la connaissance »
- Deuxième finalité : « moderniser le modèle social européen en investissant dans les ressources humaines et en créant un État social actif »
La principale nouveauté est la mise en œuvre d'« une nouvelle méthode ouverte de coordination qui doit permettre « de diffuser les meilleures pratiques [des États membres] et d'assurer une plus grande convergence. »
Une troisième finalité a été rajoutée un an après à Göteborg pour réparer un oubli de taille : le développement durable.
Mais comme elle traite de tout, la stratégie de Lisbonne va être déclinée en 28 objectifs principaux et 120 sous-objectifs. Pour gérer ces objectifs selon la méthode ouverte de coordination, 117 indicateurs différents sont définis. Comme il y a très peu d'objectifs quantifiés, les indicateurs servent à comparer leurs évolutions entre les États membres, plutôt qu'à définir une cible homogène pour tous qui assure la convergence et la cohésion de l'ensemble.
Pressentant l'échec, en avril 2004, l'Union européenne crée un Groupe de haut niveau dirigé par Wim Kok, ancien premier ministre des Pays-Bas, pour passer la stratégie de Lisbonne au crible.
Le rapport explique les résultats décevants par « un agenda surchargé, une coordination médiocre et des priorités inconciliables » : une vraie mise à mort des quatre premières années de « Lisbonne ».
Le rapport Kok ne dissipe pas les ambiguïtés et la confusion de « Lisbonne » : il ne voit pas que la faible croissance - donc la montée de l'insécurité - est peu propice à la « modernisation du modèle social », c'est-à-dire à la réduction du degré de solidarité ; il ne se prononce pas sur le modèle européen de développement qui encourage les technologies respectueuses de l'environnement et des ressources naturelles.
La stratégie de Lisbonne fut donc relancée en mars 2005 et recentrée sur la « croissance et l'emploi ». Elle est aujourd'hui devenue la stratégie centrale et consensuelle de l'Union européenne à 27 dans les domaines économique, social et environnemental, la « réponse européenne à la mondialisation ».
Le Conseil européen des 13 et 14 mars 2008 vient d'en adopter le troisième cycle pour la période 2008-2010, dans la continuité du cycle précédent.
Pour l'actuelle Commission européenne, qui en a fait son cheval de bataille, la Stratégie de
Lisbonne telle que relancée en 2005 est désormais un succès et doit être poursuivie telle quelle jusqu'en 2010 et au-delà. La Commission s'appuie notamment sur l'amélioration de la performance économique globale de l'Union européenne en 2006-2007 et sur les 6,5 millions d'emplois créés au cours de cette période. Il est prévu de poursuivre dans la même direction, alors même que la crise systémique que nous vivons devrait encourager au contraire à réexaminer la mondialisation libérale et à revoir totalement les règles et les instruments.
Une évaluation très critique de toutes parts des résultats obtenus
L'agenda de Lisbonne a attiré la critique de tous côtés :
Les critiques de gauche le voient naturellement comme une tentative d'imiter les USA et de démanteler le modèle social européen ; on y reviendra. Mais d'autres points de vue émanant des socio-démocrates, de la droite et du centre ne sont pas tendres non plus : Pale imitation des États-Unis, une liste disparate d'objectifs parfois contradictoires et suivant les modes, des formulations comme « l'économie de la connaissance la plus compétitive du monde » sources de dérision, et surtout des résultats très en deçà de ce qui était prévu et des méthodes peu efficientes. Plus récemment, un rapport -Europe 2015- commandé en 2008 par le Gouvernement français à Laurent Cohen-Tanugi pour faire le bilan de cette stratégie dresse un bilan accablant :
« Dans le moyen et le long terme, la Stratégie de Lisbonne ne constitue plus une réponse suffisante à la mondialisation, et ce pour au moins trois raisons :
- Ses « performances » comme moteur d'adaptation des économies européennes à la mondialisation sont tout d'abord insuffisantes face à l'intensification de la compétition mondiale. Loin d'avoir comblé le fossé qui la séparait des États-Unis, l'Europe est désormais également menacée de déclassement du fait de la montée en puissance des géants économiques asiatiques.
- l'Union européenne est par ailleurs confrontée à de nouveaux défis, dans son environnement extérieur tout comme en son sein même, dont l'existence ou du moins l'ampleur n'étaient pas perçues en 2000, ni même en 2005 : la concurrence du monde émergent, la problématique énergie/climat, les effets de l'élargissement à 27, la crise financière internationale, la géopolitisation de la mondialisation.
- Enfin et surtout, la Stratégie de Lisbonne ne concerne que l'adaptation des économies et des sociétés européennes à la mondialisation : l'Europe ne peut la réussir seule, c'est-à-dire sans l'articuler avec une stratégie économique extérieure qui doit reposer sur des instruments différents et contribuer à façonner la mondialisation. »
Il est d'ailleurs intéressant de noter qu'en dépit de ses orientations atlantistes et pas vraiment de gauche, le rapport propose à la Présidence Française de l'Europe des pistes de profondes réformes de gouvernance européenne et de prévention des dérives du capitalisme financier. Évidemment, elles n'ont pas été suivies d'effets.
Ainsi donc, même si on en acceptait les prémices, ce qui n'est pas notre cas, la stratégie de Lisbonne mérite d'être remise à plat dans ses analyses, ses objectifs et ses méthodes. Mais, pour le Front de Gauche, un tel processus est inutile, car il faut aller beaucoup plus loin :
Changer de logiciel
En effet, plusieurs points qui sont à la base de la stratégie de Lisbonne nous paraissent à reconsidérer fondamentalement :
Il ne sert à rien d'adapter l'Europe à la mondialisation si on ne change pas la conception même de la mondialisation aujourd'hui entièrement basée sur le profit, la spéculation financière, l'exploitation des plus faibles, le pillage des ressources naturelles et la marchandisation à outrance. L'Europe se doit de définir une Alter Mondialisation.
La question de la croissance ne peut résider sur un accroissement indifférencié et incontrôlé des biens et services, au détriment des équilibres écologiques de la planète, de la montée des besoins factices et des inégalités. Nous devons définir une nouveau mode de développement social et écologique
La concurrence ne peut servir de base à une économie de la connaissance, que ce soit dans l'éducation, la recherche, l'innovation, les brevets, .... L'économie de la connaissance telle que nous la concevons implique des services publics, un libre accès de chacun à la connaissance, l'arrêt de développements technologiques tournés vers une commercialisation intensive, inutile et dispendieuse.
Au sein de l'Europe, Il convient d'établir une « cinquième liberté » - la libre circulation des connaissances-, qui aille au-delà des ambitions actuelles visant à permettre aux chercheurs de se déplacer plus librement, aidés en cela par la création d'un Espace européen de la recherche. La « cinquième liberté » doit s'attaquer aux nouveaux défis qui émergent avec le passage du monde réel au monde virtuel où circulent sans arrêt des biens immatériels. Par exemple, les méthodes de protection des droits de propriété intellectuelle vont devoir changer radicalement, à une époque où des produits sont développés en open source ou alors que des produits électroniques ou de divertissement peuvent facilement être téléchargés de n'importe où sur la planète.
La question de la libre circulation des personnes acquiert elle aussi une tout autre dimension lorsqu'un travail basé sur des connaissances peut être effectué dans le cyberespace plutôt qu'au travers d'une présence physique sur un territoire donné.
La poursuite de l'actuelle politique sociale de l'Europe est inacceptable pour les travailleurs
Les résultats quantitatifs flatteurs affichés par la Commission Européenne, avant la crise, sont fallacieux.
Ces développements sont la conséquence modèle des réformes déjà mises en œuvre sur les marchés européens du travail, qui ont souvent induit un certain relâchement de la réglementation du travail , ainsi qu'une modification des politiques de contrôle actif des prestations de chômage et de la fiscalité du travail ; les régimes de départ à la retraite anticipé, de protection du travail régulier et relatifs à la fixation des salaires ont pour leur part été relativement épargnés. L'augmentation de la flexibilité ajoutée à la diminution des protections sociales a contribué à une croissance de l'emploi, en contrepartie d'un développement de la précarité et de la fragilité des travailleurs. Nous devons au contraire promouvoir les mesures de protection et de valorisation des ressources humaines
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